Redevabilité à Madagascar : de la théorie à la pratique

CONTEXTE

Sur la démocratie et la redevabilité

Malgré les avancées démocratiques de ces trois dernières années,  Madagascar demeure un pays éminemment fragile sur le plan politique, mais aussi et surtout sur le plan économique et social (Razafindrakoto et al., 2015). En effet, de nombreux défis restent à relever, notamment le renforcement des institutions, la restauration de la confiance des citoyens envers les gouvernants, la promotion de l’Etat de droit et des bonnes pratiques en matière de gouvernance, et le contrôle de l’action publique par un engagement renforcé de la société civile.

Ce dernier point renvoie au concept de « redevabilité » qui occupe une place de plus en plus importante dans le processus démocratique de plusieurs pays à travers le monde. On peut la définir simplement comme la « capacité pour quelqu’un à être redevable de quelque chose ». Cette définition littérale est néanmoins insuffisante au regard des attentes sociales. En effet, il y a lieu de se demander si la déclaration par les autorités d’un pays du nombre de kilomètres de route construits suffit pour promouvoir la bonne gouvernance.

Les chercheurs définissent la redeva­bilité comme étant « le moyen par lequel des individus ou des organisations rendent compte de leurs actes à une (ou des) autorité(s) reconnues et sont tenues pour responsables de ceux-ci ». (Edwards et Hulme 1996, cité par Mulgan en 2000). Le concept implique, naturellement, la responsabilité civile des mandataires.

Ainsi, la redevabilité traduit le besoin des citoyens d’avoir l’opportunité de constater et de dire si les responsables de la gestion des affaires publiques ont utilisé les ressources disponibles de façon transparente ou non.

Au concept de redevabilité s’ajoute l’adjectif social qui intègre l’engagement civique. La redeva­bilité sociale va au-delà de la justification des actions et des résultats. Elle prend en compte la dimension de la participation citoyenne, particulièrement le contrôle de l’action publique par des citoyens ordinaires. La redevabilité sociale est en conséquence une articulation d’obligations : l’obligation des responsables politiques de rendre des comptes à la population et l’obligation des citoyens ordinaires d’exiger des comptes aux responsables politiques.

Dans cette perspective, les Organisations des Sociétés Civiles ont pour rôles l’observation de la vie publique, l’interpellation des décideurs politiques,et l’éducation citoyenne. Néanmoins, malgré la mise en œuvre de nombreux appuis apportés aux OSC, il reste encore quelques lacunes où ces dernières peuvent et doivent mobiliser leur énergie.

Notamment dans :

  1. L’élaboration des lois soumises à l’Assemblée Nationale, qui ne tient pas compte des besoins exprimés par tous les citoyens en général, car l’initiative de la loi se fait de manière unilatérale.
  2. Le rétablissement de la confiance entre les citoyens et leurs représentants, entre lesquels subsistent un véritable fossé et une confiance plus que relative, ce qui a pour conséquence un total désintéressement vis-à-vis de la politique.
  3. L’absence de consultation des citoyens dans l’élaboration des politiques publiques.
  4. La demande de redevabilité concernant la gestion des affaires publiques :tous les citoyens doivent avoir la possibilité et la garantie d’être partie prenante dans les décisions liées aux affaires publiques.